Emouna.. ou effet de groupe ?
Nous transportant d’une extrémité de l’univers à l’autre, les nouveaux moyens de locomotion semblent avoir aboli les distances.
Ces distances ne peuvent plus nous éloigner les uns des autres, car, avec tous les gadgets que nous possédons, notre « traçabilité » est quasi permanente. On ne peut plus disparaître pour mieux renaître.
Il fut un temps, pas si lointain, où nos voyages vers des horizons lointains pouvaient faire de nous des êtres nouveaux. Dans des lieux étrangers, où nul ne nous connaissait, émergeait la possibilité de se créer une nouvelle vie. Sans environnement social, sans famille, sans contrôle à distance possible, TOUT était possible.
Et je me pose parfois cette question : de quelle manière j’aurais vécu mon judaïsme et mon engagement dans la Torah et les Mitsvot dans un univers où l’on est inconnu et anonyme ? Question sans doute pas très politiquement correcte, mais qui nous renvoie à l’importance de la famille et du groupe dans nos choix de vie, et dans la perpétuation de ceux-ci.
Notre histoire est remplie d’exemples de ces Juifs qui, seuls dans une population hostile ou neutre, ont réussi à rester ce qu’ils étaient. Comment cela se construit-il ? Comment cela se maintient ?
La Emouna se doit d’être construite, entretenue et renforcée au quotidien, et elle ne doit point être une forme d’évidence basée exclusivement sur un ressenti. Le groupe a cette valeur extraordinaire de nous faire partager et vivre avec d’autres autour d’un choix commun, mais il ne peut être le cadre qui nous maintient.
Le renforcement de notre Emouna ne peut exister à travers la critique des systèmes qui ne la vivent pas : ce n’est pas l’échec de l’autre qui définit ma réussite et me renforce dans mes croyances. « Vaythazek David BaChem Elokav », et David s’est renforcé dans le lien intime qu’il avait créé avec le Créateur de l’univers. Ce lien nous est particulier et unique, et nous nous devons de l’élaborer, de le mettre en place et de le maintenir.
Rav Wolbe zatsal explique que, depuis la première faute, un certain nombre de barrières se dressent devant le Gan Eden. Elles nous empêchent de pouvoir accéder à une conscience plus aiguë de la présence d’Hachem dans l’univers. En exprimant avec force le mot AMEN, racine de l la Emouna, l’être humain fait disparaître ces barrières afin de vivre en permanence dans cette conscience de la présence d’Hachem dans notre monde, micro- et macroscopique.
« Yavo goy chomer Emounim » : que vienne ce peuple qui, à la fois, suivant la lecture de la Guemara, dit des amenim, mais en même temps garde la foi. Peuple comprenant l’importance de celle-ci et la gardant en l’étudiant.
En effet, Rachi (Devarim 12-28), sur le mot « Chemor », qui se traduit par « garder », nous indique qu’il s’agit de « Michna », une chose que l’on se doit d’étudier pour la garder à l’intérieur de soi. Étudier ce qui a trait au domaine de la Emouna pour que, comme le dit Rachi (ad loc.), celle-ci soit littéralement dans notre « ventre ».
Parce que nos enfants vivent leur judaïsme de manière évidente, ne nous imaginons pas qu’ils aient pour autant la Emouna chevillée au corps et au cœur. Bien sûr, je nous le souhaite, mais essayons d’imaginer que ce n’est point une évidence absolue.
Alors, quels livres lire, me direz-vous ? Je fais confiance à notre curiosité pour les découvrir, surtout si nous en avons le désir, donc, par extension, la volonté.
Mais nous pouvons réussir à incarner cette Emouna au quotidien, de manière fort complexe et en même temps si simple : en ayant un comportement, dans la relation à l’autre, tel que la Torah nous le demande, et plus particulièrement dans tout ce qui a trait au domaine de l’argent.
Prouvons-nous, à nous-mêmes et à ceux qui nous observent — et plus particulièrement à nos enfants — que nous croyons, au plus profond de notre être, que c’est en ayant les attitudes que la Torah préconise que nous réussirons vraiment notre vie. Cette attitude, nous allons la faire dépendre de la relation que nous avons avec Hachem, et non point juste parce que nous pensons qu’elle est bonne.
Comme le Ramban (Introduction du commentaire sur Yov) le dit clairement : « Et le racha qui remet en cause l’existence d’un Dieu créateur n’a point de mérite si ses actes prennent leur origine dans le domaine des règles de bonnes manières. »
Cette Emouna du quotidien pourra alors imprégner notre univers pour en faire un terreau propice à l’étude de tout ce qu’elle veut dire. Elle nous permettra, dans la solitude de nos questionnements, de rester fidèles au Créateur de l’univers. Elle saura s’exprimer dans tous les lieux où nous nous trouverons, sans que notre environnement en soit la cause. Elle saura révéler le lien indéfectible qui nous lie à notre histoire passée et future.
Rav Elie Lemmel